Publié dans
Regard sur la protection des troupeaux

Regard sur la protection des troupeaux : introduction


Dans les Alpes comme ailleurs, les résultats obtenus confirment la légitimité de la politique de protection directe des cheptels. La mise en place d’un ou idéalement plusieurs moyens de protection fait baisser la pression de prédation. Malheureusement ces techniques s’accompagnent de contraintes et difficultés dans leur mise en place et leur application quotidienne, jusqu’à les rendre parfois « insupportables » pour le berger ou l’éleveur qui en a la charge. Elles semblent par ailleurs atteindre leurs limites d’efficacité dans certains contextes encore mal définis.

Publié dans
Regard sur la protection des troupeaux

Effets indésirables liés aux outils de protection


Malgré les aides techniques et financières, la mise en place des protections représente un investissement personnel et financier non négligeable de la part des éleveurs et bergers et un surcroît de travail parfois conséquent. Il faut 3 à 5 années pour que les mesures commencent à être véritablement opérationnelles (savoir faire du berger, éducation du chien, accoutumance du troupeau…) (source MEDDTL)

« Les modifications du système d’élevage induites par la protection du troupeau sont perturbantes, le danger est de perdre la cohérence technico-économique qui menait l’exploitation avant l’arrivée du loup » CERPAM 2013

Chaque mesure de protection présente des inconvénients : l’embauche d’aide berger, nécessite des cabanes plus grandes et « aux normes », un savoir faire en management de l’éleveur. Le regroupement nocturne des animaux induit une diminution du temps de pâturage (soir et matin) des modifications des circuits de pâturages, du temps de travail supplémentaire pour ramener le troupeau sur la couchade « obligée », des risques sanitaires et d’érosion du sol dans l’enceinte et aux abords des enclos. La mise en place des parcs fixes nécessite une bonne maitrise du foncier, une bonne adaptation aux multi-usages des territoires (tourisme, chasse, transports…) Dans ce registre, les CPT provoquent parfois la psychose dans les zones touristiques de montagne (divagation, risques de morsures…) jusqu’à remettre en cause les baux de location des pâturages communaux !

Publié dans
Regard sur la protection des troupeaux

La complexe Evaluation de l’efficacité


Là où elles peuvent être pleinement développées, les mesures de protection permettent de réduire les dommages en limitant le nombre d’attaques réussies par le prédateur et le nombre de victimes par attaque réussie. Ainsi sur les ZPP, où les mesures de protection sont généralisées et les savoir-faire acquis, le nombre d’attaque annuel et la gravité de ces attaques sont relativement stables.

Cette efficacité est d’autant plus évidente lorsqu’il y a combinaison d’au moins deux options de protection. Mais face à l’hétérogénéité des situations de terrain (effectif de loups, système de garde, caractéristiques du territoire…) et le caractère multifactoriel des attaques (nombre de lots d’animaux, météo, microrelief…) il reste bien difficile d’évaluer l’efficacité d’un système de protection.

Un niveau de protection ne suffit pas à caractériser un niveau de vulnérabilité d’un troupeau. A niveau de protection égal, certains troupeaux subissent plus de pression de prédation que d’autres. Au sein d’une même UP, pour un même effort de protection, la pression de prédation peut croitre significativement à certaines périodes de la saison ou seulement certaines années.

Il s’avère enfin que l’augmentation annuelle nationale du nombre global d’attaque et de victimes, liées à l’expansion continue de l’espèce, masque finalement l’efficacité de moyens techniques et financiers toujours plus importants mis en œuvre. On peut néanmoins, raisonnablement avancer que les moyens de protection permettent, en ZPP ou en front de colonisation, de « limiter la casse » sans pouvoir empêcher de façon certaine et définitive la prédation.

Publié dans
Regard sur la protection des troupeaux

Des limites d’efficacité préoccupantes


Il apparait clairement que les dommages sont particulièrement importants lorsque distribution du loup et des troupeaux se superposent le plus et le plus longtemps. Ainsi la région PACA concentre tout naturellement 70% des attaques. Pourtant les moyens de protection y sont largement appliqués et de longue date. Ainsi, les Alpes Maritimes déjà au premier rang des départements les plus touchés, a enregistré une augmentation annuelle des dégâts de +30% de 2011 à 2013.

Plus localement, malgré des efforts constants de protection certaines UP n’arrivent pas à faire baisser la pression de prédation. Même si la proportion nationale de ces « foyers d’attaques » s’est stabilisée (5% des UP touchées depuis 2000), la concentration ponctuelle ou récurrente des attaques sur quelques alpages ou pâturages apparait « incontrôlable ».

Du département à l’UP, la protection semble parfois « en limite de puissance » et l’augmentation ou la constance de forts dommages laisse éleveurs, bergers, techniciens, décideurs… dubitatifs.

La recherche de facteurs déterminants s’avère difficile, tant les systèmes à analyser sont variés et complexes. Plusieurs études ont déjà été menées sans grand succès. Certaines évidences sont confirmées comme l’influence de la météo, ou le nombre de chiens de protection affectés. D’autres sont invalidées, comme le nombre de loups présents qui ne se corrèle finalement pas au nombre d’attaque.

Les raisons sont évidement multifactorielles, mais l’une des plus probables et préoccupantes est sans doute une certaine « habituation » du loup aux différentes défenses auxquelles il a été confronté jusqu’ici, à l’approche d’un troupeau.