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Protection des troupeaux contre la prédation

Un triptyque historique


Pour défendre les troupeaux des techniques ont été développées depuis très longtemps (Fin de la Préhistoire ?). Toutes concourent à la protection rapprochée du cheptel.

Dans tous les pays où les troupeaux sont confrontés aux grands prédateurs, les réponses apportées aux problèmes de prédation sont sensiblement identiques. On retrouve généralement la « trilogie » : bergers - chiens de protection - parcs de regroupement

Dans chaque région elles ont été adaptées aux particularités locales (milieu naturel, système d’élevage, conditions économiques, moyens matériels)

En Italie, Espagne, Europe de l’Est…, ces techniques n’ont jamais été abandonnées. Plusieurs variantes existent, en mettant l’accent sur l’un ou l’autre des ces trois éléments fondamentaux. Leur judicieuse combinaison (et actualisation) fait l’efficacité de l’ensemble du système de protection.

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Protéger son troupeau aujourd’hui


La protection des troupeaux relève d’une démarche globale, de l’unité pastorale au territoire. Dans une chronologie idéale, le processus s’enclenche par un diagnostic de vulnérabilité du système d’élevage à protéger qui permettra d’identifier les options techniques à retenir et la stratégie globale à mettre en place. Différents outils de protection sont ensuite mobilisés et combinés, les pratiques et équipements sont adaptés afin de consolider dans la durée le système pastoral.

A partir de méthodes ancestrales, comme l’utilisation de chiens de protection, la France a développé en vingt ans de présence du loup un certain savoir faire en matière de protection des troupeaux. Ces techniques permettent une réelle baisse de la prédation, sans exclure totalement le risque de dommages.

La France « réapprend » la protection des animaux domestiques en tenant compte du contexte actuel : diversité des élevages ovins touchés, spécificités et multi-usages des territoires. Protéger son troupeau c’est utiliser une combinaison d’outils de protection active dans un système repensé autour du risque loup et de son évolution au quotidien.

Des choix stratégiques

Qu’elle soit dans l’urgence ou anticipé, la démarche de protection du cheptel est un acte marquant dans la vie d‘une exploitation agricole. Il s’agit d’intégrer au mieux un schéma de prévention, dans un équilibre subtil entre bonne gestion pastorale et protection efficace.

En fonction des caractéristiques de l’exploitation (solidité économique, main d’œuvre disponible, maitrise du foncier…) des contraintes d’élevage (production, reproduction, label…) du milieu naturel et du multi-usage du territoire (zones protégées, chasse, tourisme…) une stratégie de protection propre à chaque exploitation (voire chaque parcelle pâturée) sera au fil des ans développée, vers un compromis entre enjeux de production et nécessité de protection.

Certaines adaptations pour diminuer la vulnérabilité d’un système peuvent amener à réviser le calendrier de reproduction ou de pâturage, la race ou le type d’animaux à mener en alpage, à abandonner certains secteurs, agrandir les bâtiments pour abriter plus d’animaux certaines nuits, déplacer des sentiers de randonnée pour clôturer des parcelles…

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Les moyens de protection directe


Une diversité d’options techniques est applicable en fonction du contexte à partir des moyens directs de protection qui se combinent pour offrir plus d’efficacité et de souplesse dans la gestion du risque loup.

Systèmes d’effarouchement

En modifiant l’environnement pastoral, subitement ou sur un laps de temps assez court, effaroucher est l’action d’effrayer et idéalement faire fuir un prédateur. Il s’agit de mettre à l’épreuve les sens du loup, à l’approche d’un troupeau.
Les techniques d’effarouchement sont basées essentiellement sur des stimuli visuels ou sonores : fladries (rubans), fumigènes, détonations, éclairages, odeurs répulsives, tir non létal…
Généralement ces « leurres » répondent à un besoin temporaire de protection, leur effet est très souvent limité dans le temps, de quelques jours à quelques semaines. L’enjeu est donc de repousser le phénomène d’habituation en variant la source du ou des stimuli, leur fréquence d’utilisation et leur combinaison. En France chaque berger « bricole » ses propres outils d’effarouchement (parfum sur des chiffons, disques CD, pétards, stroboscopes…) les DDTM proposent des « cerbères », dispositifs automatisés de diffusion sonore et lumineuse.

Animaux de protection

En se basant sur l’effet territorial et l’attachement au troupeau, certains animaux domestiques développent un sens « inné » de protection du cheptel avec lequel ils évoluent. Grace à une morphologie imposante, chiens, lamas et ânes dissuadent, généralement, tout intrus de s’approcher du troupeau. A l’affut de toute perturbation ils s’interposent, manifestent clairement leur désapprobation (aboiements, cris, ruades, charges…) et peuvent aller jusqu’à la confrontation directe avec l’élément perturbateur si leurs avertissements ne suffisent pas.
Equidés et camélidés présentent une aversion forte à l’encontre des canidés, ils sont plutôt recommandés pour de petits troupeaux évoluant en milieux « faciles » : pâturages vallonnés et clôturés. Le tout dans un contexte de pression de prédation relativement faible.
Les expériences en France sont assez rares, même si ces grands animaux présentent plusieurs avantages dans leur gestion (bonne intégration aux troupeaux, régime herbivore, longévité…). L’animal de protection le plus utilisé est bien sûr le chien, qui demeure l’outil primordial d’un système de protection, le plus adaptable et le plus efficace même en cas de forte pression de prédation.

Clôtures

Initialement, la clôture est un outil de conduite des animaux au pâturage (diminution du temps de gardiennage, gestion de la ressource herbagère, des contraintes foncières)
Aujourd’hui en zones à loups, la clôture est devenue également le premier niveau de protection que la présence humaine ou les CPT renforceront efficacement. La clôture constitue pour le prédateur une barrière physique et répulsive de part son électrification.
Face aux risques de prédation, les parcs de regroupement sont utilisés comme moyen de sécurisation des lieux de repos des animaux (couchade et chôme) : les animaux rassemblés forment une unité compacte moins vulnérable aux attaques et à la dispersion, plus facile à surveiller par le berger et les CPT. Généralement se sont des filets électrifiés mobiles qui sont utilisés. Ces « parcs de nuit » se sont généralisés sur les alpages, ils représentent une mesure simple et rapide à mettre en place pour sécuriser la période nocturne, la plus vulnérable aux attaques.
Sur les systèmes d’élevages en parcs, les clôtures existantes ont été sécurisées par une électrification des structures. Sur les pâturages initialement libres, des parcs d’appui au gardiennage sont conçus pour diminuer le temps de conduite par le berger, en fonction de ses différentes missions, des facteurs de vulnérabilité et du risque loup du moment. Ces deux types de parcs fixes permettent à la fois la contention-protection du troupeau et la gestion de l’espace pastoral.

Le tir

Les éleveurs et bergers bénéficient d’autorisations de tirs de défense de leur troupeau, qu’il soit d’effarouchement ou létaux. Ils peuvent demander l’appui ou la délégation des tirs à des lieutenants de louveterie et des chasseurs locaux qui agiront « à proximité du troupeau ».

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Zoom sur les chiens de protection des troupeaux (CPT)


Le patou réinvestit les pâturages français

Depuis de nombreux siècles (3000 ans ?) les pasteurs du monde entier sélectionnent des chiens massifs de types molossoïdes pour la sauvegarde des troupeaux domestiques. De l’Himalaya à l’Europe en passant par le Moyen Orient, chaque région a développé son type de chien de protection, aujourd’hui on recense plus de 40 races à la corpulence imposante : Dogue du Tibet, Mastin espagnol, Berger d’Anatolie, Maremme Abruzzes, et pour la France le Montagne des Pyrénées ou Patou. En France à l’exception de quelques vallées pyrénéennes, l’utilisation des chiens de protection avait quasiment disparue avec les derniers prédateurs sauvages.

Depuis le retour du loup dans les Alpes, plus de 1600 chiens ont été mis en place. On en trouve plus de 200 aujourd’hui dans les Pyrénées pour accompagner les réintroductions d’ours commencées dans les années 90. Un peu partout en France (hors zones à grands prédateurs) des éleveurs réutilisent ces chiens afin de se préserver des attaques de chiens divagants, des dégâts dus aux animaux sauvages comme le renard ou le sanglier, mais aussi pour dissuader d’éventuels « loups à deux pattes » voleurs de brebis ! En 2011, les CPT représentent 16% des dépenses engagées dans la mesure 323C1 – La population des chiens actifs dans les Alpes françaises est estimée à plus de 1200 chiens.

Une arme de dissuasion efficace

Le chien de protection fait partie intégrante du troupeau, il développe un attachement affectif fort avec le troupeau qu’il ne quitte jamais. Sa présence est avant tout préventive et dissuasive vis à vis d’un éventuel intrus : animal sauvage, chien domestique, humain... Face à une menace, le chien signale sa présence par des aboiements profonds et puissants et s’interpose entre le prédateur et le troupeau, les affrontements sont rares mais possibles.

Selon la littérature, un CPT est considéré « efficace » s’il présente certaines caractéristiques physiques, comportementales et mentales spécifiques à sa fonction de dissuasion :

  • Type molossoïde : grande taille et corpulence
  • Caractère équilibré : calme, assurance, constance, vigilance, adaptation
  • Attachement et loyauté au troupeau : lien affectif, respect, soumission
  • Aptitude à la protection : réaction adaptée à une perturbation
  • Tolérance à l’homme : acceptation de l’homme et de ses activités

Le caractère protecteur tient à la fois de « l’inné », de l’éducation et de l’expérience du chien, en aucun cas le CPT ne peut être un chien d’attaque. Concernant le troupeau, sa mission est bien dissociée de celle du chien de conduite qui mène les animaux et reste attaché au berger.

Un outil complexe d’utilisation

Même si le chien de protection est l’outil le plus performant dans la panoplie des mesures de protection, son efficacité ne peut être garantie. L’intégration au troupeau et l’éducation du jeune chien sont des phases délicates pour obtenir un bon animal de protection. Cela demande une implication et un suivi important de la part du propriétaire.

Suivant le contexte, diverses difficultés peuvent apparaître quant à l’utilisation efficace et permanente d’un chien : troupeau séparé en plusieurs lots, nature accidenté des pâturages, météo difficile, voisinage, urbanisation et interactions avec d’autres usagers du territoire (randonneurs, chasseurs…).

Les frais supplémentaires (vaccinations, nourriture…) la responsabilité juridique du propriétaire (surtout en zones d’hivernage périurbaines) représentent aussi des éléments contraignants pour les éleveurs qui utilisent ces chiens.

Cependant les chiens de protection opérationnels offrent des atouts incontestables : autonomie, action permanente et rassurante pour le berger comme pour le troupeau, lutte « à armes égales » avec le loup, capacité d’adaptation à des situations différentes, initiatives et stratégies de défense…